La Chine menace ses pollueurs de sanctions
Avec 161 incidents majeurs de pollution, 2006 a été « l'année la plus noire » pour l'environnement en Chine. L'aveu n'émane pas de militants écologistes mais d'un responsable officiel, Pan Yue, vice-ministre et directeur adjoint de l'Agence chinoise de protection de l'environnement (SEPA). Les objectifs fixés par les autorités début 2006 - réduction annuelle de la consommation d'énergie de 4 % et de 2 % pour les émissions de substances polluantes - « n'ont pas du tout été atteints », a reconnu M. Pan, mercredi 10 janvier, sur le site Internet de l'Agence.
Les responsables de la SEPA ont de quoi fulminer : fin décembre, ils révélaient qu'une « supervision insuffisante des gouvernements locaux et de possibles falsifications » dans les statistiques au niveau des provinces sous-estimait la mesure de la pollution en 2006. En fait, pour les six premiers mois de l'année, un indicateur de la pollution de l'eau est monté de 3,7 %, tandis que l'émission de dioxyde de soufre a bondi de 4,2 %. Les résultats pour l'ensemble de l'année ne sont pas encore connus, mais la SEPA estime que l'émission de substances polluantes a augmenté de 2 % au lieu de diminuer d'autant.
Les coupables désignés sont les dirigeants locaux, trop laxistes à l'égard d'industries qui fournissent emplois et revenus, mais aussi les entreprises, qui refusent d'investir dans des équipements propres ou ne les font pas fonctionner afin de réduire leurs coûts.
La SEPA fait donc mine d'afficher une détermination nouvelle : Pan Yue, ancien journaliste à la fibre écologiste, a annoncé des sanctions à l'encontre de quatre des cinq premiers producteurs d'électricité chinois, dressé une liste noire de quatre villes industrielles qui ont atteint leur quota de pollution et énuméré 82 projets industriels, qui ne respecteraient pas les normes environnementales. La SEPA menace de ne plus approuver les projets des groupes et des villes désignés tant que ceux-ci ne se seront pas aux normes.
En montrant du doigt les pollueurs, la SEPA espère mobiliser, dans les médias et sur Internet, une opinion publique de plus en plus réceptive à l'écologie, afin de compenser son impuissance à se faire respecter : les sanctions ou les amendes qu'elle impose sont trop faibles pour être dissuasives.
Le recours à un « tir groupé » est nouveau, d'autant plus que les sociétés d'Etat désignées sont, par exemple, cotées en Bourse à Shanghaï et, pour l'une d'entre elles, Datang International Power Generation, à Hongkong. Ce producteur d'électricité est épinglé pour ne pas avoir fermé, fin 2006, comme l'avait requis la SEPA, des générateurs obsolètes dans ses chaudières à charbon à Tangshan. Le groupe, selon son porte-parole, annonce pourtant qu'il continuera à produire de l'électricité à la demande de la ville.
Or Tangshan, un gros foyer industriel de l'axe Pékin-Tianjin, qui fournit 10 % de la production totale d'acier chinois, fait justement partie des villes que la SEPA accuse de violer de façon flagrante ses « critères d'impact environnemental ». « Des autorités locales et des industries ont défié les politiques de régulation macro-économique du gouvernement pour poursuivre leurs propres intérêts, en développant de manière aveugle, et en toute illégalité, des secteurs hautement polluants et hautement consommateurs d'énergie, tels que l'acier, la métallurgie, l'électricité et la chimie », dénonce M. Pan.
Il faut dire que les correspondants en province de la SEPA sont sous les ordres des gouvernements locaux. La catastrophe de la rivière Songhua, à Harbin, fin 2005, qui coûta son poste au ministre de l'environnement de l'époque, a toutefois fait avancer l'idée de doter la SEPA d'une chaîne de commandement verticale plus autonome, et cinq centres régionaux de supervision dépendant de Pékin ont été ouverts depuis l'été. Mais les incantations du gouvernement en matière de lutte antipollution conduisent souvent à des projets laissant croire que les autorités locales s'investissent dans la lutte antipollution (en nettoyant à grands renforts de publicité les berges d'une rivière, par exemple), alors qu'elles autorisent l'implantation d'usines polluantes.
Les médias chinois, de plus en plus agressifs sur ces questions, ainsi que les ONG, confinées à un rôle d'« éducatrices » de la population, tentent de rectifier le tir, sans en avoir complètement les moyens : « Pendant des milliers d'années, il n'y a eu en Chine aucune tradition d'implication des citoyens dans les décisions publiques, explique Ma Jun, un écologiste chinois spécialiste de l'eau. Les ONG, c'est quelque chose de nouveau en Chine. Nous ne faisons que commencer. Seul le domaine de l'information nous est ouvert et nous essayons de l'occuper au maximum. »



