Rien ne va plus pour les biocarburants
2008 restera une année où la crise alimentaire aura sévi dans le monde entier. Corée du Nord, Djibouti, Sénégal, Haïti ou Libéria... la liste des pays touchés ne cesse de s’allonger. Certains vont même jusqu’à essuyer de graves révoltes qui peuvent mettre en cause leur stabilité politique. Encore plus préoccupant, certains de ces Etats n’ont pas été recensés par la FAO, l’organe spécialisé des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, comme des pays en situation de pénurie alimentaire, tels le Maroc, l’Egypte ou la Thaïlande.

Jamais le cours des céréales n’a été aussi élevé depuis 30 ans. Parmi les différentes explications à cette situation, de mauvaises récoltes ajoutées à une explosion du cours du pétrole et le changement des habitudes alimentaires des pays émergents : plus la nourriture est diversifiée et plus elle nécessite l’utilisation de céréales (notamment pour nourrir les animaux). Mais aussi, et surtout pour certains observateurs, l’impact des biocarburants sur l’agriculture mondiale.
Vers une famine mondiale ?
Fin mars, Peter Brabeck, le PDG du leader mondial de l’agroalimentaire, Nestlé, avait donné l’alerte : « Si l'on veut couvrir 20 % du besoin croissant en produits pétroliers avec des biocarburants, comme cela est prévu, il n'y aura plus rien à manger ». Il corroborait l’appel lancé quelques jours plutôt par la directrice du PAM (Programme alimentaire mondiale), devant le Parlement européen à Bruxelles. « Le changement d'orientation de nombreux exploitants en faveur de la production des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire », s’était-elle alarmée. « Les prix alimentaires atteignent un tel niveau que celui de l'huile de palme en Afrique est désormais au niveau des prix du carburant ».
Bouleversement des cultures
Selon un rapport de la Banque mondiale, ces carburants seraient responsables de la hausse de 75 % des prix des denrées alimentaires depuis 2002. Car une partie des céréales destinées à la filière alimentaire se détourne désormais vers les biocarburants. En parallèle, les surfaces cultivées pour l’alimentaire diminuent : 5 millions d'hectares auraient changé de filière en trois ans, notamment en ce qui concerne le colza ou le tournesol. Depuis 2006, les cours du blé et du maïs ont ainsi triplé à Chicago. Plus récemment, c’est le prix du riz qui s’est envolé. L’Egypte a par exemple décidé de bloquer ses exportations suite à des troubles. Ces hausses entraînent des effets de cascade, se répercutent sur le prix des aliments, dont le pain. Selon le directeur de la FAO, ce sont près de 100 millions de tonnes de céréales, comme le maïs et le blé, qui auraient pu servir à l'alimentation, qui ont été détournés de leur utilisation initiale afin de créer des biocarburants.
En savoir plus sur les biocarburants
Bien qu’il n’existe pas de dénomination officielle, on distingue agrocarburants de première génération (issus de produits alimentaires, - ce sont eux qui sont pour la plupart incriminés dans la crise alimentaire -) des carburants de deuxième génération (issus de source ligno-cellulosique : bois, feuilles, paille, algues...). L’Union européenne, qui cible 10 % d’énergies renouvelables dans les carburants routiers d’ici 2020, vient d’annoncer début septembre une baisse de la part dévolue aux carburants de première génération, au grand dam de certains industriels.
L’utilisation nouvelle de ces biocarburants constitue en réalité une forme de retour en arrière. Les biocarburants sont apparus très rapidement après l’invention de l’automobile. La Ford T, produite de 1903 à 1926, roulait ainsi à l’éthanol. Les premiers moteurs à combustion utilisaient quant à eux de l’huile d’arachide. Ce n’est qu’au lendemain de la deuxième guerre mondiale que les industriels automobiles, en raison du prix raisonnable du pétrole que son utilisation s’est généralisée. Et la crise alimentaire qui menace montre combien une idée écologiquement responsable peut finalement mettre en péril l’avenir de l’humanité.



